Réunion publique sur l'environnement à Mouroux

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Elisabeth Escuyer, maire de Mouroux, accueille les participants à la soirée-débat

Elisabeth Escuyer, maire de Mouroux, accueille les participants à la soirée-débat

12 décembre 2009 - À l'occasion du sommet de Copenhague la section départementale du mouvement Utopia a organisé une réunion publique à Mouroux. Après la projection du film "The Age of Stupid", un débat sur l'environnement a eu lieu, à la fois général, autour des enjeux de Copenhague, et local, autour du projet de Parc naturel régional.

"Vous instrumentalisez le PNR"

Début de soirée peu en nuances, avec l'intervention d'une élue UMP de Mouroux, scandalisée qu'une réunion de gauche consacrée à l'environnement puisse aussi parler du projet de PNR. "Vous instrumentalisez le PNR" - disait-elle, répétait-elle. "C'est un projet qu'il ne faut pas politiser", "vous instrumentalisez ce projet pour les régionales, les partis qui sont présents ici seront alliés au second tour" (à noter tout de même qu'aucun candidat n'était présent). Voilà le ton : l'UMP entend délimiter les sujets dont les militants et sympathisants de gauche pourraient parler. Que ce projet soit par ailleurs entièrement maîtrisé par l'UMP, que la composition du COPIL (comité de pilotage) ait été faite de sorte que ce seul parti y dispose d'une représentation écrasante, qu'on ait pendant longtemps "oublié" d'y intégrer le seul conseiller général de gauche du territoire d'étude, qu'aucune association, aucun habitant n'en fasse partie... tout cela, ce n'est pas une instrumentalisation du PNR. Non, c'est juste le fonctionnement quotidien de la droite, qui vit ici dans un fief.

Elle a néanmoins reconnu, au long du débat, que "le travail fait par Elisabeth Escuyer à Mouroux est exceptionnel". "Cette ville a beaucoup changé en dix-huit mois" - a-t-elle reconnu. Merci. C'est vrai que lorsqu'une ville a la chance d'avoir un maire de gauche, elle change vite. On y demande aux habitants de s'intéresser à leur commune, de réaliser leurs projets, d'améliorer le cadre de vie commun. On ne se contente pas de gérer, partant du principe que les choses sont comme elles sont. Pour nous, les choses sont comme on les fait. Ou comme on les défait.

Les enjeux globaux

Trente cinq personnes étaient présentes à la fin de la projection. "The Age of Stupid" est un film lourd, qui part du postulat que l'humanité, face à une catastrophe, n'est pas capable de s'unir et de prendre les bonnes décisions pour l'éviter : les intérêts personnels, les enjeux financiers, l'incompréhension même empêcheront que les bonnes décisions soient prises. Le résultat est évidemment une catastrophe planétaire, dès 2050. Au moment des négociations du sommet de Copenhague cette hypothèse a du sens, quoiqu'elle soit maximaliste dans ses conclusions. Mais ce choix favorise le débat.

Le thème de la délocalisation et de la relocalisation de la production a été l'un des premiers abordés. Ce sujet a mis en évidence que, partout, dans le système capitaliste, il est une constante : les salaires sont toujours jugés trop élévés. Le salaire des salariés Français en France est rop élevé, mais celui du Roumain en Roumanie l'est également. Ainsi le système fonctionne sur la base de la recherche du profit et non celui de la satisfaction des besoins.

Le travail, comme activité centrale, structurante pour la société et pour les individus, a été remis en cause : il est de moins en moins bien partagé, alors que les capacités de production de biens augmentent sans cesse. Mais s'il est aussi mal partagé c'est aussi parce que ce n'est pas lui qui est désormais rémunéré : c'est la finance qui est au premier rang. Elle crée même de la richesse en vase clos, comme l'a démontré la crise en cours, une richesse qui se crée pour quelques-uns au détriment de tous.

À ce stade s'est posée la question de la détermination de l'intérêt général : aucun organisme n'est en charge de cette question. Tous les organismes existants arbitrent des rapports de force, donc des intérêts particuliers. À ce niveau, l'un des principaux enjeux est maintenant celui des actes de propriété. Ce qui s'est passé en Irlande au XVIe siècle, avec les enclosures, se reproduit dans le monde entier (les communs en Afrique sont en train d'être privatisés, spoliant les populations, comme cela s'est déjà fait en Amérique, en Australie et dans les anciennes colonies européennes). Ces enclosures se déplacent aussi, des biens matériels aux biens immatériels, la loi Hadopi en France en est un exemple, comme le sont les enjeux des brevets logiciels, de l'augmentation de la durée de la protection des droits d'auteur, de la brevetabilité du vivant... Ces brevets, cette privatisation de la connaissance, empêcheront durablement le tiers-monde de se développer : lorsque celui-ci cherchera à mettre en place une connaissance brevetée par les pays développés, il devra payer ou s'en passer. On le voit pour les médicaments, on le verra de plus en plus pour les objets technologiques, en particulier ceux de la nouvelle économie verte capitaliste. Ainsi, les enjeux environnementaux peuvent devenir un nouveau moyen de contrainte pour accroître les bénéfices au nord au détriment du sud et l'essentiel des 7 milliards d'aides promises à l'Afrique pourraient bien nous revenir démultipliés pour financer des droits de propriété intellectuelle.

Les enjeux locaux

C'est assez tardivement déjà que les questions locales ont commencé à être abordées. Le travail réalisé par la commune du Séquestre a été cité en exemple : travail de développement durable avec une association exemplaire de la population.

Elisabeth Escuyer a présenté les actions menées à Mouroux depuis 18 mois, aussi bien en termes d'approfondissement des relations sociales et humaines, qu'en évolution des manières de vivre avec la nature aux services municipaux ou encore de services nécessaires à la population.

Martine Robert, pour Saint-Germain-sur-Morin, a évoqué les manières collectives d'envisager de nouvelles relations sociales, y compris dans la production de biens, en exposant notamment le projet de jardin collectif.

La question a été posée de savoir comment agir localement pour l'environnement. Après avoir évoqué les actions inidviduelles, il a été question d'actions collectives d'une autre ampleur. Ainsi, les solutions aux pollutions liées aux transports ne peuvent être que publiques et non individuelles. De même, pour le travail, relocaliser des productions ou développer des emplois locaux, cela ne relève pas de la seule action individuelle.

Le projet de PNR de la Brie des Morins se trouve être situé à un endroit exceptionnel : entouré de zones denses et à fort développement il peut disposer de débouchés importants pour des productions locales. Mais il est aussi traversé par une fibre optique installée par la Région et par le Département, qui peut être le support d'activités nouvelles. Enfin, il est limitrophe de la Cité Descartes où se trouve la plus importante concentration de chercheurs en éco-technologies d'Europe. Advancity, le pôle "ville et mobilité durables", pourrait être associé aux réflexions sur les transports de demain : le PNR pourrait être un lieu d'expérimentation. D'autres hypothèses de développement économique, intellectuel et social ont également été abordées pendant ce débat.

Mais ce projet vit refermé sur lui-même : c'est à peine un projet d'élus, quoique même cela ne transparaisse pas. Les études produites par l'IAU sont de très grande qualité, mais elles ne sont que des photographies de cabinet d'études. Le vivant, ceux qui sont ici avec leurs problèmes, n'en font pas partie. Ils sont d'ailleurs exclus de la méthode de concertation mise en oeuvre par l'association des élus, qui a été désignée en 2007 par la Région comme "structure locale de concertation". La concertation n'a pas vraiment eu lieu : fonctionnant entre élus et administrations, avec un COPIL fermé, des commissions restreintes, cette concertation ne prépare pas un projet de territoire, c'est-à-dire un projet partagé par ceux qui habitent ici, un projet qui pourrait être l'occasion d'inventer une autre manière de vivre, comme le dit le slogan des parcs naturels régionaux. Car inventer une autre manière de vivre, cela ne peut pas se faire sans ceux qui y vivent.

Il a ainsi été question d'autres méthodes de concertation, plus ouvertes, participatives, destinées à mobiliser l'intelligence collective et à faire participer le plus grand nombre, comme celles de la contribution gouvernance disponible ici.

La réunion n'a pas débouché sur des décisions pratiques ou militantes, mais les participants ont été invités à participer à la réunion plénière du projet de PNR, le 21 décembre.

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2 commentaires pour "Réunion publique sur l'environnement à Mouroux".

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1. avec 35 personnes à cette

avec 35 personnes à cette réunion y compris les élus de "gauche" je ne vois pas l 'impact électoral , Mouroux est une "ville de droite" dirigé par la "gauche" qui essaie de faire rêver les électeurs ,sans plus.......

2. "sans plus"

Donc ?

Donc il y a des élus qui ne font pas uniquement ce qui a un "impact électoral".
D'autres calculent d'abord, flattent ensuite.

Rappelez-vous La Fontaine :
"Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute..."

Un fromage, oui, un Brie par exemple. Un Brie d'où ?...